Toile
H. 0,220 m ; L. 0,307 m
Provenance : Coll. princières de Prusse ; Munich, coll. privée, 1918 ; Paris, marché de l’art, 2000
Don des Amis du Louvre en 2000
N° inventaire : RF 2000-3
Prix d'acquisition : 6 200 000 F

Département des Peintures
Aile Richelieu
2e étage, salle E
Tous les jours sauf les lundi, mardi et samedi, de 9h à 18h et de 9h à 21h45 le mercredi
Caspar David FRIEDRICH
Greifswald, 1774 – Dresde, 1840

Bord de mer au clair de lune
1818

Tableau majeur de l’école romantique allemande, cette œuvre de Caspar David Friedrich est la deuxième peinture de l’artiste à entrer au Louvre après l’acquisition par le musée en 1975 de L’Arbre aux corbeaux.D’un format modeste et d’une gamme de coloris restreinte, ce paysage discret, s’inspire des côtes de la Baltique, la région natale du peintre, même s’il ne cherche pas à décrire un site précis. Pour Friedrich, tout paysage est porteur d’un message, chaque élément peint à partir d’une observation directe de la nature renvoyant à une idée. Selon un schéma qui lui est cher, le premier plan est plus sombre que l’arrière-plan : parallèle au bord inférieur du tableau, il représente le monde d’ici-bas, avec les filets de pêcheurs et les poteaux qui rappellent le labeur de l’être humain sur terre, tandis que la partie supérieure de la composition, occupée par la ligne d’horizon et le ciel, renvoie à l’au-delà. Dérisoires par rapport à l’immensité de l’océan, les petites silhouettes des voiliers inclinés sous le vent qui se dirigent vers la côte font allusion aux vies humaines des marins rentrant au port, le terme obligatoire de leur voyage, c’est-à-dire la mort qui est l’ultime étape de la navigatio vitae. Le voilier échoué sur la grève évoque l’âme d’un trépassé, tandis que la lune en son premier quartier, qui apparaît entre les nuages et baigne la scène d’une lumière étrange, symbolise le Christ et la Rédemption. La gamme picturale, toute dans des harmonies sourdes de bruns froids et chauds, avec des nuances parfois verdâtres, participe à l’atmosphère glauque et inquiétante de ce rivage que vient baigner une mer hostile. La lumière froide de la lune souligne de reflets métalliques les vaguelettes qui viennent elles aussi mourir sur ce rivage parsemé de rochers aux formes menaçantes.