• Le Bain turc
    Le Bain turc

Le Bain turc

Avec cette composition, achevée à l'âge de quatre-vingt-deux ans, Ingres concluait ses recherches sur le thème éternel des femmes au bain, qui l'avait hanté tout au long de sa vie. Un an après sa Baigneuse à mi-corps, vue de dos (Rome, 1807 ; Bayonne, musée Bonnat), il peint la célèbre Baigneuse Valpinçon (musée du Louvre), son envoi de Rome en 1808, que nous retrouvons ici dans la joueuse de luth assise de dos. Dans la Petite Baigneuse ou Intérieur de harem de 1829 (musée du Louvre), il reprend cette étude, entourée d'autres nus féminins qui s'abandonnent à l'intimité d'un bain.

Le Bain turc

Auteur
Jean-Auguste-Dominique INGRES
Techniques/Materiaux
Toile marouflée sur bois.
Dimension
H. 1,10 m ; L. 1,10 m ; surface peinte circulaire Diam. 1,08 m.
Date de l'oeuvre
1862
Département de l'oeuvre
Département des Peintures
Localisation aile
Aile Sully
Localisation salle
2e étage, salle 60 (audioguide n° 4100)
N° inventaire
RF 1934
Date d'acquisition
1911
Prix de l'oeuvre
150 000 F

Cet Orient rêvé - le peintre, à l'inverse de Delacroix, ne s'y rendit jamais -, se nourrit de récits et de gravures du siècle passé. Dès son premier séjour romain, Ingres recopiait dans ses carnets des passages concernant les bains orientaux extraits des Lettres de lady Montagu qui, en 1716, avait eu accès à ces lieux interdits à l'Occidental. Il possédait aussi une collection de gravures consacrées à l'Orient, qu'il décalquait, recopiait et intégrait à ses tableaux, parfois en inversant le sujet et non sans avoir retravaillé les figures d'après le modèle vivant. Ainsi la figure abandonnée à droite fut-elle réalisée d'après une étude de nu pour laquelle avait jadis posé sa première femme (musée de Montauban). Ultime chef-d'oeuvre d'une longue carrière, Le Bain turc ne cesse de fasciner : que ce soit par le charme feutré de cette assemblée de corps tranquilles, parcourue d'une lumière douce qui semble irradier à partir du madras de la joueuse de luth, figure génératrice de toute la composition, ou par l'étonnant jeu musical de la courbe ingresque avec les droites géométriques dont l'épure pourrait être d'un Mondrian... Les artistes du XXe siècle lui ont d'ailleurs composé un cortège impressionnant d'hommages, de Picasso et Man Ray à Rauschenberg. Aujourd'hui circulaire, à l'imitation d'un « tondo » de la Renaissance italienne qu'affectionnait tant l'artiste, le tableau fut l'objet de multiples métamorphoses. Il était rectangulaire à l'origine et la baigneuse de dos n'y était entourée que de quelques figures. La toile fut agrandie et même, à un certain stade, complétée par des planches de bois habilement ajustées sur plusieurs côtés et peintes. Sans doute, après avoir récupéré le tableau en 1860, Ingres supprima ces ajouts, qu'il remplaça par des augmentations de toile de manière à inscrire sa composition dans un cercle. Et même après avoir signé et daté la toile, désormais marouflée sur un panneau de bois, en 1862, non sans y avoir rappelé fièrement son âge, Ingres apporta encore, l'année suivante, quelques retouches à l'oeuvre.