Dernières acquisitions

Portrait de Matthew Prior (d'après un buste en marbre de Coysevox)

John CHEERE (1709-1787)

John Cheere est l'un des meilleurs sculpteurs anglais du XVIIIe siècle, spécialisé dans le travail du plomb, composant les bustes de personnalités littéraires ornant les bibliothèques privées d'Angleterre. Il s'agit ici d'un rare portrait de Matthew Prior, célèbre poète diplomate francophile et francophone d'outre-Manche. Celui-ci profita d'un séjour à Paris en 1698-1699, pour demander à Antoine Coysevox, un buste en marbre à son effigie, aujourd'hui conservé à l'abbaye de Westminster. Il est représenté dans une pose dite « naturelle » de poète (bonnet d'intérieur, chemise ouverte) appelée à un grand avenir chez les sculpteurs anglais, dont Roubiliac et John Cheere. Ce dernier exécuta vers 1749 sa réduction en plomb, simultanément à la série de bustes en plâtre patiné d'illustres écrivains britanniques, conservés à l'Art Gallery de York. Le Louvre enrichit ainsi ses collections par un rare portrait exécuté avec beaucoup de raffinement, d'après un chef-d'oeuvre de la sculpture française.

 

 

Plomb.
H.: 42 cm. Piédouche : 11 cm. L.: 33 cm.
Acquis en 2016

Lion aux fleurons

Cette arabesque léonine dans un paysage végétal est un chef-d'oeuvre de l'enluminure islamique. Elle nous rappelle qu'aux XVe et XVIe siècles, les élites iranienne et ottomane collectionnaient des compositions graphiques de fantaisie qui prenaient place dans des albums reliés que l'on aimait feuilleter régulièrement. Ce dessin étonnant exprime aussi la rencontre entre des formes chinoises et des motifs plus abstraits issus de la tradition islamique médiévale. A la Chine revient le paysage végétal (nuages, champignons d'éternité, fleurs de lotus, arbres printaniers), et au monde islamique l'ossature du lion qui s'est muée en un réseau dynamique d'arabesques. Les influences chinoises sont présentes dans l'art musulman, depuis les invasions mogholes jusqu'à la conquête de l'Iran par Tamerlan et ses successeurs, les Timourides, au XVe siècle. La silhouette du lion, quant à elle, est obtenue par des prières en arabe invoquant Ali, le gendre du Prophète, lui-même qualifié de « lion de Dieu ». L'aspect ciselé et précis de cet entrelac évoque également l'art du papier découpé dans l'Iran de la seconde moitié du XVe siècle, à l'origine de l'art de la reliure contemporaine. Comme l'indique une note manuscrite accompagnant ce dessin, ce lion aux fleurons fut acquis à Istanbul au début du XXe siècle auprès d'une famille de notables turcs. La générosité des Amis du Louvre a permis au département des arts de l'Islam de s'enrichir d'une oeuvre magnifique et rare, mariant figuration et abstraction ornementale.

Papier, encre noire, lavis brun, peinture à l'or.
H. 188,5 ; L. 159,5 cm
Acquis en 2016

Initiale (lettre I) enluminé

Cette enluminure représentant la lettre I est un très beau témoignage du style maniériste italo-français présent dans la peinture de livres vers 1540-1550. Elle provient du même livre de choeur ou du même chansonnier certainement très luxueux que deux initiales offertes au Louvre par le comte de Viel-Castel en 1854. La lettre est composée à la manière d'une pièce d'orfèvrerie de l'Ecole de Fontainebleau projetant son ombre sur un fond d'azur. Sur un fond se détache en outre tout ce répertoire floral naturaliste d'un type mis à l'honneur dans la peinture murale italienne des années 1515-1520, notamment par Giovanni da Udine (1487-1564), et qui a ensuite connu un grand succès dans la peinture sur parchemin et l'enluminure au nord des Alpes à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Une quatrième enluminure du même groupe a été donnée par Emily Crane Chadbourne à l'Art Institute de Chicago en 1926. L'acquisition de cette oeuvre délicate contribue à redonner une cohérence à un ensemble graphique du Louvre qui était jusqu'ici démembré et dispersé depuis plus de 150 ans.

Enluminure sur parchemin
H. 180; L. 113 cm
Acquis en 2016

Moulages des terres cuites de la collection Gaudin

Ce bel ensemble de moulages a été réalisé au XIXe siècle d'après des terres cuites de la collection dite « Gaudin », conservées au Louvre et datant du IIe siècle avant J.-C. Ces moulages consistent en une série de figures grotesques comprenant vingt têtes et dix-sept troncs représentant des malformations (gibbosités, malnutrition, nanisme, oedème…). Ils étaient utilisés au début du XXe siècle par les médecins dans le cadre de leur enseignement, et il est possible qu'ils aient appartenu au docteur Félix Regnault, ami de Gaudin.

Terre cuite.
H. 18,5 ; L. 26,5 cm
Acquis en 2016

Armoire

Hugues SAMBIN (1520-1601) (attribué à)

Cette armoire bicorps ouvrant par deux portes à chaque niveau, est typique de la seconde moitié du XVIe et du début du XVIIe siècle. Elle est scandée au niveau inférieur de termes représentant des soldats, l'un combattant et l'autre victorieux, tandis que des caryatides symbolisent la Justice, la Force et la Prudence au niveau supérieur. Il s'agit d'une iconographie de la guerre et de la victoire, présente dans le riche décor sculpté des tiroirs (trophées, mufles de lion, casques) et surtout dans les vantaux supérieurs (Minerve et Victoire ailée en haut-relief dominant des ennemis vaincus). L'étude de ce décor a révélé une exécution comprise entre 1580 et 1600, et une origine bourguignonne l'attribuant au menuisier et architecte Hugues Sambin, auteur d'un recueil gravé de termes, et d'une armoire datée de 1565, exposée au Louvre. Par son histoire, la force de sa composition, la qualité de sa sculpture, et de son iconographie, ce chef-d'oeuvre témoigne de la fin de carrière de l'artiste.

Noyer et chêne, traces de dorure
H. 188,5 cm ; L. 159,5 cm ; Pr. 55 cm
Acquis en 2016

Un nouveau cadre pour la Sainte Françoise Romaine

La Société des Amis du Louvre a offert au département des Peintures un cadre italien du XVIIe siècle pour la Sainte Françoise Romaine.

À l'automne 2011, à l'occasion de l'exposition au Grand Palais Nature et Idéal, la Société des Amis du Louvre organisait son premier voyage des commissaires d'exposition dans la Rome du XVIIe siècle, sur les traces de Claude Gelée et Nicolas Poussin.

Pour marquer cet événement, notre Conseil d'administration avait souhaité que les dons généreux des voyageurs qui nous avaient fait confiance en participant à cette nouvelle formule de voyage avec le Louvre, soient consacrés à la réalisation d'un projet de mécénat qui nous tenait particulièrement à coeur : l'achat du cadre romain du xviie siècle qui manque à une de nos plus prestigieuses acquisitions - la Sainte Françoise Romaine de Nicolas Poussin peinte à Rome en 1658 offert au Musée par les Amis du Louvre en 1999. Notre recherche d'un nouveau cadre pour la Sainte Françoise Romaine fut longue et difficile. La préparation au Louvre de l'exposition Poussin et Dieu, dont l'un des commissaires, Nicolas Milovanovic, conservateur en chef au département des Peintures est aussi en charge de la collection des cadres anciens conservés au Louvre, encouragea nos recherches qui furent finalement fructueuses.


Acquis en 2016

Un fonds d'archives des fouilles de Rhodes

Grâce au soutien de la Société des Amis du Louvre et au legs de Mme Jeannine Marchesseau, le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines a pu acquérir le 25 mars 2015 plusieurs lots d'archives, ayant appartenu à l'archéologue-photographe Auguste Salzmann (1824-1872). Ce fonds, déjà identifié grâce à une vente partielle survenue en 2011, a été vendu dans sa totalité par un collectionneur, Pierre Marc Richard, qui en fit l'acquisition dans les années 1970. La majorité des dessins concernent les fouilles de Rhodes. De ce point de vue, le lot 219, avec 54 croquis, frottis et dessin aquarellés est une acquisition essentielle. Parmi les pièces majeures, un plan des fouilles de Camiros et des dessins reproduisant des oeuvres du Louvre (des vases, mais aussi quelques bijoux). Ces derniers permettent de mieux comprendre le travail de Salzmann : par exemple, le dessin aquarellé de l'oenochoé du Louvre A 311 permet de mesurer la justesse d'exécution, très nettement supérieure à la lithophotographie publiée: le traitement est approximatif et ne permet pas d'identifier le style du peintre, parfaitement reconnaissable à partir du dessin original. Ces 95 documents, composés de dessins et de photographies, feront l'objet d'une publication consacrée aux archives Salzmann. Ils permettront d'illustrer sa biographie et de revenir, en regard de sa riche correspondance, sur l'histoire des fouilles de Rhodes


Acquis en 2016

Grand bassin d'apparat

Nevers

Ce grand bassin circulaire en faïence de Nevers à décor de grand feu présente un fond légèrement creux et une large aile plate. Le décor se déploie sur toute la surface du bassin. Au centre, deux Chinois, installés à l'ombre d'un dattier chinois, sont occupés à déguster des dattes, suscitant la convoitise d'un flamant (à gauche) et d'un héron coiffé (à droite). Au-devant, des rochers, des feuillages et des oiseaux débordent largement sur l'aile, incitant à lire la composition verticalement, comme un tableau, sans aucun compartimentage. Au-dessus des personnages, deux bâtiments, un temple et une maison, contribuent à l'effet de symétrie déjà sensible dans la scène centrale. Ce type de faïence « à décor chinois » apparut à Nevers vers 1660-1680 et connut un succès prolongé au cours du xviie siècle. Dans ses premiers temps, cette production qui fut considérable affecta peu les formes mais trouva sa plus belle expression dans ces personnages chinois, peints parmi des paysages et des animaux à l'imitation des porcelaines de Chine. Ces scènes pittoresques étaient quelquefois copiées d'après des modèles de Delft dont les peintres-faïenciers s'étaient rendus maîtres dans la production de ces beaux plats à camaïeux de bleus ou « kraak porselein ». Notre bassin, peint en aplat et dont la scène centrale, assez originale, est campée autour d'un dattier chinois, semble au contraire s'inspirer d'une véritable porcelaine chinoise. Il peut être considéré comme un exemplaire précoce témoignant des premiers essais de chinoiseries dans les ateliers de Nevers, et que l'on peut situer aux alentours des années 1660-1680.


D: 49,5 cm.
Acquis en 2015

L'Amour essayant une de ses flèches

Jacques Saly

"Le 6 octobre 2015 le musée du Louvre a lancé, avec la campagne « Tous mécènes ! » et le soutien déterminant de la Société des Amis du Louvre, une souscription publique afin de réunir les fonds nécessaires à l'acquisition d'un chef d'oeuvre, L'Amour essayant une de ses flèches de Jacques Saly. La statue commandée par la marquise de Pompadour au début de l'année 1752, terminée durant l'été 1753 fut présentée à Louis xv le 11 août 1753. Destinée dans un premier temps au décor du château de Crécy, l'oeuvre fut rapidement envoyée au château de Bellevue, demeure de prédilection de la marquise. Celle-ci lui accorda une place privilégiée, au centre d'une « petite galerie » bien éclairée par des portefenêtres donnant sur le jardin. Après la vente de Bellevue, elle retrouva une place d'honneur à l'hôtel d'Evreux, résidence parisienne de Mme de Pompadour. Jacques Saly, élève de Guillaume Coustou, exécuta la statue à son retour d'Italie. Le piédestal de l'Amour fut sculpté dès 1755 par un ami de Saly, Jacques Verberckt, auteur d'admirables boiseries exécutées aux châteaux de Versailles et de Fontainebleau. Le sujet de la statue est décrit par l'influent amateur Mariette qui la vit dans l'atelier de l'artiste : « Il a voulu représenter l'Amour enfant qui essaye une de ses flèches : il la tient de la main droite et posant le doigt de la main gauche sur la pointe de cette arme cruelle, il juge du mal qu'il va causer; il est debout près d'une souche environnée de toutes parts de rosiers ». Après la mort de Mme de Pompadour, l'Amour de Saly et son piédestal par Verberckt vont être acquis par un grand amateur, Blondel de Gagny, puis son fils Blondel d'Azincourt, avant d'être achetés sous le Directoire par un riche négociant en grains, Ignace-Joseph Vanlerberghe. L'oeuvre fut ensuite transmise à ses descendants jusqu'à aujourd'hui. Sa haute qualité artistique et patrimoniale a motivé la décision prise par l'Etat en 2006 de la considérer comme un trésor national."

Marbre
H. 97 cm, L. 46 cm, P. 35 cm
Acquis en 2015

Pandore

Ecole de Fontainebleau

"Le tableau a été acquis en vente publique en janvier dernier par la Société des Amis du Louvre pour être offert au musée. Il était connu par une ancienne photographie datant de son passage dans la vente de la collection du Comte Bassi à Milan en 1898, où il était attribué à Francesco Primaticcio dit le Primatice. Le tableau fut par la suite attribué à Nicolò dell'Abate. Comme l'a depuis souligné Dominique Cordellier, il s'agit en effet d'une oeuvre caractéristique de la facture libre et élégante de Nicolò dell'Abate, mais qui travaille ici certainement sur une idée et probablement un dessin de Primatice. Et c'est cette intime parenté du tableau avec les inventions de Primatice qui fait tout son intérêt et toute sa rareté. L'oeuvre frappe d'abord par le brio de sa facture empâtée et furtive, la diaphanéité des draperies, la physionomie affectée mais aussi le regard perçant et l'expression assurée de la figure féminine, et ce sont ces traits qui nous assurent de son attribution à Nicolò dell'Abate. La touche de Nicolò n'en sert pas moins une composition dont l'invention générale et même la conception chromatique sont manifestement celles de Primatice : l'austérité minérale du cadre architectural qui crée le théâtre de l'histoire, l'inscription rigoureuse de la silhouette de la figure et de ses gestes rhétoriques dans la géométrie de ce décor, la restriction de la palette, cendrée et relevée de quelques éclats de jaune pâle, de rose ou de vert mordoré, l'opulence de la morphologie féminine étranglée à la taille mais épanouie et charnue aux hanches, et jusqu'au choix, absolument inédit, du format ovale pour camper la figure, tels sont les traits caractéristiques de l'art monumental de Primatice. C'est sous le titre traditionnel de Pandore que le tableau est apparu en 1898 et la quasi-nudité de la figure plaide en faveur de cette interprétation, mais il est vrai qu'elle porte un diadème qui tend à en faire une souveraine, ce que n'est pas Pandore, figure mythologique qui n'est pas même une déesse. Jugeant que Pandore est normalement représentée dans la nature plutôt que dans un palais, et s'appuyant sur l'expression sévère de la figure et sur la nervosité de la main qu'elle porte sur le couvercle, Nello Forti Grazzini a préféré en 2012 y voir une Sophonisbe s'apprêtant à boire la coupe de poison que lui a préparée son époux Massinissa. D'une iconographie rare, cette présumée Pandore s'apprêtant à ouvrir le vase d'où le bien et mal se répandirent sur la terre, si différente de celle de Jean Cousin, pourtant contemporaine, que la Société des Amis du Louvre avait offerte au Louvre il y a presque un siècle, rejoint donc avec bonheur la collection de référence que le musée entend consacrer à la première École de Fontainebleau."

Huile sur toile
H. 92; L. 70cm
Acquis en 2015

Pietà dite « Pieta Gillot ».

Gonçal PERIS Valence (Espagne), actif entre 1380 et 1451

Gonçal Peris est l'un des « primitifs » les plus importants de la peinture espagnole et européenne, figure dominante du style gothique international à Valence. Encadrée dans ses deux tiers supérieurs d'une bordure incisée de motifs évoquant des feuilles de chêne l'oeuvre se caractérise à la fois par une simplicité de mise en page et un grand raffinement dans l'invention et l'exécution. La Vierge porte sur ses genoux le corps de son fils mort. Celui-ci laisse voir les stigmates de son supplice. Il porte pour tout atour le périzonium et la couronne d'épines. Ses bras tombent parallèlement, formant deux lignes qui appuient la verticalité de la Croix. Les quatre lanières de cuir qui y pendent renvoient à l'épisode de la Flagellation. De part et d'autre, la lance de Longin et l'éponge de vinaigre encadrent la scène. Stylistiquement, elle peut être située autour de 1430 et devait constituer la partie sommitale d'un retable qu'il reste à identifier. Son acquisition par la Société des Amis du Louvre au profit du musée a permis à sa collection de s'enrichir d'une pièce du plus important primitif espagnol, après sans doute ce chef-d'oeuvre que sont les quatre panneaux de la légende de saint Georges peints par Bernat Martorell, et que les mêmes Amis avaient fait entrer au Louvre cent dix ans plus tôt. 

Tempera et or sur panneau
H. : 48,1 ; L. : 34,6 cm
Acquis en 2014

Demi-plafond

Jean LE MOYNE dit DE PARIS (attribué à) (1638-1713)

En 2014, la Société des Amis offrait au musée du Louvre deux dessins de Giovanni Francesco Romanelli pour les plafonds du palais. C'est une nouvelle étude de plafond, mystérieuse et passionnante, que présente aujourd'hui, par son intermédiaire, un donateur anonyme, sous réserve d'usufruit et en mémoire d'Odile Flamant, née Fliquet. Tracé à la plume et à l'encre brune sur une esquisse au graphite, relevé d'aquarelle et de rehauts d'or, ce dessin très fini et délicat présente un demi-plafond avec des propositions alternatives. Bien qu'anonyme et non daté, il s'inscrit parfaitement dans la production des peintres ornemanistes de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe tels que Jean Bérain, René Chauveau ou Claude III Audran. Leurs décors, dans lesquels les grotesques et arabesques jouent un rôle central, connurent un important succès dans le royaume, mais aussi au-delà des frontières, et notamment à Stockholm, où les artistes français furent appelés à décorer le palais de Nicodème Tessin et le Palais-Royal. Ce dessin pourrait être l'oeuvre de Jean Lemoyne, dit de Paris, un peintre aujourd'hui peu connu, qui avait contribué aux décors de la galerie d'Apollon au palais du Louvre, de la grande galerie de Versailles ou encore de Marly. Cette brillante intuition de Pierre Bonnaure est confortée par les rapprochements que l'on peut établir avec deux estampes d'une suite intitulée Plusieurs dessins de plafonds à Paris, inventés et gravés par Lemoyne vers 1685, de même qu'avec les deux seuls plafonds peints conservés de l'artiste, situés 5 rue du Mail à Paris. Par un de ces effets d'enchainement dont l'histoire de l'art est familière, l'attribution de ce dessin entraîne celle de quatre dessins du Nationalmuseum de Stockholm, et permet de doter Lemoyne d'un premier corpus graphique. Véritable jalon pour la distinction des styles des peintres ornemanistes de la fin du XVIIe siècle, ce généreux don contribue ainsi à la mission que le département des Arts graphiques s'est donnée d'offrir une collection de référence pour le dessin français.

Graphite, plume et encre brune, aquarelle et rehauts d'or
H. : 22,5 cm ; L. : 36,5 cm
Acquis en 2014

La Synagogue et Saint-Jean

Le groupe de la Descente de Croix conservé au Louvre est une des oeuvres phares de l'art gothique français. À ce très rare groupe manquaient deux statuettes, considérées comme à jamais perdues : le Saint Jean et l'allégorie de la Synagogue. Leur identification en 2011 chez un collectionneur français est un événement considérable. Leur acquisition par le musée du Louvre a été rendue possible grâce au mécénat collectif des Amis du Louvre, du groupe AXA Art, et de plus de 4000 donateurs individuels qui ont participé à la souscription publique. Grâce à la générosité de la Société des Amis du Louvre, la Synagogue a pu faire immédiatement son entrée dans les collections nationales. La Synagogue penche sa tête aux yeux bandés. Elle tient de sa main gauche voilée les tables de la Loi renversées, et tenait dans la main droite une lance brisée, aujourd'hui disparue. La statuette présente un visage et des proportions plus menues que les autres personnages du groupe. Sa silhouette longiligne répond à celle de l'Église; mieux conservée que cette dernière, la figure de la Synagogue offre des détails d'une virtuosité d'exécution inouïe. Saint Jean, vêtu d'un manteau drapé sur sa robe, tient dans sa main gauche le Livre, tandis qu'il ramène de la main droite un pan de son manteau vers son visage, pour essuyer ses larmes. Son visage empreint d'une douleur profonde correspond à ceux de la Vierge, du Christ, de Joseph d'Arimathie et de Nicodème : front et joues larges, nez fort et charnu, longs yeux repris au trépan, visages marqués par des sourcils légèrement froncés et des rides d'expression. Grâce à l'acquisition de la Synagogue et du Saint Jean, la Descente de Croix du Louvre est désormais le témoin le mieux conservé de ces précieuses images de dévotion, un véritable monument d'un art gothique parfaitement maîtrisé et empreint de la plus haute spiritualité. Les deux statuettes seront présentées dans la Galerie du Trésor, Aile Richelieu 1er étage, à partir du 17 avril 2013.

Ivoire
H. 22 ; L. 4,5 cm et H. 23,5 ; L. 5cm.
Acquis en 2013

Album de peintures et de dessins en concertina

Inde moghole (Hyderabad, Oudh ou Dehli)

Cet album de peintures mogholes d'une qualité rare nous est parvenu dans un état de conservation remarquable. S'y ajoute une origine prestigieuse : acquis en Inde entre 1765 et 1784 par James Forbes, écrivain, dessinateur et essayiste écossais au service de la compagnie anglaise des Indes orientales, l'album passa en ligne directe à son petit-fils, l'homme politique français Charles de Montalembert, théoricien du catholicisme libéral sous la Monarchie de Juillet, dont les armes familiales figurent sur l'album. Se déployant en un montage peu habituel, cet ensemble conserve vingt portraits dont une suite de quatorze souverains moghols inaugurée par l'empereur Akbar (1555-1605), le fondateur de la dynastie, et qui s'achève par le très rare portrait d'Ahmad Shah, qui accéda au trône en 1748 avant de connaître une fin tragique en 1754. C'est à ce dernier que l'on doit probablement ce témoignage émouvant d'une puissance moghole déclinante se rappelant ses heures de gloire. Parmi les portraits de souverains les plus sensibles, ceux d'Ahmad Shah et de Muhammad Shah sont attribués aux grands noms de la peinture indienne, auquel s'ajoute également un portrait singulier d'Anne de Danemark, reine d'Angleterre, d'après une gravure datée de 1616. Après les images de dignitaires, quelques pages traitent de sujets littéraires, avant que la collection se termine par deux dessins édifiants d'ascètes et renonçants indiens. Le soin mis à réaliser cette compilation est notable tant dans les pages retenues, la qualité des repeints, que celle, extraordinaire, des marges et enfin dans le montage particulièrement soigné du revers. A la fin de l'œuvre, une marque de bibliothécaire en persan nous assure que l'album de peintures comporte 30 pages et est donc encore assurément complet.

Mine et rehauts de gouache, or sur papier (pages) ; cuir doré aux petits fers (reliure)
H. : 34 cm ; L. : 25 cm
Acquis en 2013

Passage du Rhin à Tolhuis par les armées du roi, le 12 juin 1672

Joseph PARROCEL (1646-1704)

La feuille aujourd'hui offerte par la Société des Amis du Louvre est préparatoire à un dessus-de-porte décrivant le Passage du Rhin à Tolhuis par les armées du roi, le 12 juin 1672. Commandée et peinte en 1699 pour l'antichambre de l'appartement du souverain au château de Marly, la toile est conservée au musée du Louvre. Elle a subi d'importantes modifications dans son format lorsqu'au xixe siècle elle a été découpée afin de prendre place au château de Vincennes. Contrairement à la composition imaginée par Charles Le Brun pour le plafond de la Galerie des Glaces à Versailles, qui transformait l'épisode historique en une chevauchée épique et olympienne toute à la gloire du Roi-Soleil, Joseph Parrocel a cherché à respecter la topographie du site et la réalité de l'événement. La toile comme son dessin préparatoire inscrivent en premier plan un Louis XIV équestre donnant ses ordres, tandis que les troupes franchissent le Rhin à l'arrière-plan sous la protection du feu des canons français. La comparaison des deux oeuvres démontre que le maître avait été satisfait de sa composition dessinée et qu'il n'avait apporté par la suite que très peu de variantes. Le dessin campe les personnages d'un trait habile. Il joue des effets de la couleur en mêlant les techniques, donnant avec précision les frondaisons de l'arbre calant la composition à droite, usant du lavis de gouache blanche teinté de gris afin de transcrire la fumée des canons et les brumes du ciel, inscrivant à l'aide de quelques accents de plume les troupes engagées dans l'action.

Pierre noire, sanguine, plume et lavis brun avec rehauts de gouache blanche et grise
H. 358 ; L. 390 mm
Acquis en 2013

Deux feuillets d'un livre d'Heures

Attribués à Jean POYER (1445-1503)

Ces deux feuillets proviennent d'un livre d'Heures non identifié. Le style des peintures de ces deux pages, offertes aujourd'hui par la Société des Amis du Louvre, permet d'avancer leur attribution à Jean Poyer (ou Poier ou Pohier) (Tours, v. 1445 [?]-Tours, av. 1504), peintre et enlumineur tourangeau, dont l'activité est connue, grâce à des paiements, de 1465 à 1498. Il est aujourd'hui assuré que Poyer a été la figure dominante de l'« école de Tours » après Jean Fouquet (dont il a peut-être été l'élève) et qu'il est l'un des plus grands peintres français du XVe siècle, l'égal pour le moins de Bourdichon, de Jean Hey et de Perréal. Il est manifestement un inventeur sur tous les plans : ceux de l'iconographie et de la composition (comme on le voit dans cette image isolée de l'ange volant les bras croisés), celui du coloris (l'effet d'arc-en-ciel dans les cheveux), celui de l'espace (le vaste paysage sous l'ange) ou encore celui de la construction sophistiquée des architectures (du côté de la Vierge). Les pièces d'aussi haute qualité que ces deux enluminures de Poyer restent exceptionnelles sur le marché et n'apparaissent pas dans les ventes publiques. Avec cette nouvelle acquisition, la Société des Amis du Louvre perpétue sa grande tradition de mécénat en faveur des « Primitifs français » dont elle a engagé le premier investissement pionnier en 1905 avec l'achat pour le musée de Pietà d'Avignon, et qu'elle n'a cessé depuis d'illustrer avec La Suzanne de Bourbon du Maître de Moulins en 1909, un feuillet enluminé de Fouquet en 1921, l'unique dessin du Maître de Moulins en 1957, la Nativité de Nicolas Dipre en 1986, la Visitation de Josse Liefrinxe en 1991, le Christ en croix de Barthélémy d'Eyck... 


H. 181 ; L. 112 mm. H. 180 ; L. 110 mm
Acquis en 2013

Vénus et Amour et Danaé

Charles-Michel-Ange CHALLE (1718-1778)

Peintre et dessinateur, Charles-Michel-Ange Challe (1718-1778) est surtout connu pour ses dessins visionnaires à la Piranèse qui lui valent d'être classé parmi les protagonistes du mouvement néoclassique. Parallèlement à ses tentatives de renouvellement, Challe a produit des ouvrages de commande dans les deux domaines qui sollicitaient alors les artistes : l'Eglise d'une part, la peinture décorative d'autre part. Challe est ainsi employé sur plusieurs chantiers du Faubourg Saint-Germain et du quartier Saint-Honoré, ainsi qu'aux châteaux de Magnanville et de Champlatreux. La plupart de ces édifices a disparu ou a été sujet à modifications. S'il y a peu de chance de retrouver trace des compositions plafonnantes, ce n'est pas le cas des dessus-de-porte mobiles, qui ont pu être réemployés ailleurs ou vendus. Un certain nombre d'entre eux est réapparu sur le marché d'art au cours des trente dernières années, sans que l'on ait pu encore déterminer leur provenance d'origine. C'est le cas des deux tableaux anciens dessus-de-porte chantournés et mis au rectangle à l'occasion d'un réemploi. Datées de 1752 les toiles appartiennent à l'époque où Challe, alors âgé de 34 ans et agréé à l'Académie, prépare son morceau de réception. Sans prétendre rivaliser avec Boucher ces tableaux aux nudités gracieuses et aux couleurs claires témoignent du style qui domine dans la peinture décorative du milieu du XVIIIe siècle. Compte tenu de leur position haute en dessus des portes, Challe a introduit des disparités d'échelle entre les figures qui sont à interpréter comme autant d'effets de perspective. C'est le cas en particulier des deux Amours : l'un apparait plus petit parce que placé en arrière de la figure de Danaé, l'autre plus volumineux parce que volant au-dessus du spectateur, à l'avant de la déesse étendue sur le sol. Leur entrée au Louvre comble également une lacune, puisqu'aucun tableau de Challe n'était jusqu'alors conservé dans notre musée. Le don, présenté par l'intermédiaire de la Société des Amis du Louvre, est fait en mémoire de Marie Volle (1976-2005). 

Toiles à l'origine chantournées, complétées ultérieurement dans les angles et tendues sur un châssis rectangulaire sur lequel est appliquée une baguette d'encadrement fixe de style Louis XVI
H. 98 ; L. 150 cm. H. 97 ; L. 152 cm.
Acquis en 2013

Deux pots à oille du Service Walpole et leurs plateaux

Nicolas BESNIER (1686-1754)

Deux pots à oille et leurs plateaux en argent massif, oeuvres de l'orfèvre Nicolas Besnier, viennent d'entrer dans les collections du département des Objets d'art grâce au concours exceptionnel de la Société des Amis du Louvre. Les deux pots à oille constituaient les pièces maîtresses d'un grand service « à la française » qu'Horace Walpole, premier baron Walpole (1678-1757), commanda à Paris en 1726, alors qu'il venait d'être nommé ambassadeur du roi George Ier auprès du jeune Louis XV. 

Mis en valeur par de larges plateaux, ces imposants récipients contenaient l'oille, un ragoût de viandes accompagné de légumes qui constituait l'entrée. Ces pièces de vaisselle volontairement monumentales restaient en place sur la table jusqu'à la fin du repas, participant au décor de la table. D'une indéniable valeur patrimoniale, les pots à oille Walpole illustrent un domaine des arts précieux aujourd'hui très rare en France du fait des fontes royales puis des destructions de la Révolution et, pour cette raison, ils ont été classés trésor national le 10 juillet 2013.

Ces magnifiques témoins de l'orfèvrerie parisienne du premier XVIIIe siècle, très rarement exposés, étaient jusqu'ici sans équivalent dans les musées français dont les collections d'orfèvrerie ne s'étoffent qu'après les années 1730 avec les premiers éléments du service Penthièvre-Orléans, oeuvres de Thomas Germain. Leur acquisition comble donc une cruelle lacune des collections nationales.

Argent fondu, ciselé et gravé.
H. 38 cm ; D. des plateaux 45 cm ; poids total : 16,6 kg
Acquis en 2013

Plaque à décor floral

Iran

Don des Amis du Louvre en 2012 pour marquer l'ouverture du nouveau département des Arts de l'Islam.

Dans le monde islamique, les plaques à décor ajouré pouvaient servir de décor de porte, mais on ne peut exclure que certaines d'entre elles aient également servi de partie d'étendard de procession ('alam). La production des plaques d'acier à décor ajouré similaires à celle que vient d'offrir au Musée la Société des Amis du Louvre s'étend sur une longue période, depuis le début du XVIe siècle jusqu'au XVIIIe siècle. La plaque du Louvre est réputée appartenir à une série de cinq plaques en formes de mandorles (et une sixième en forme de cartouche), provenant d'une collection privée et aujourd'hui dispersées. L'une d'entre elles, aujourd'hui conservée à Toronto, porte la date de 1564-5 et nous permet de dater la plaque du Louvre. Cette plaque à décor ajouré présente une forme de mandorle polylobée issue des arts du livre, en particulier des pages enluminées et des reliures de la fin du XVe siècle et du XVIe siècle. Le décor épigraphié en thuluth, une calligraphie monumentale, est reprise de l'art des ornemanistes du ketabkhaneh (ateliers du livre) de la cour. Il se détache sur un fond de fins rinceaux floraux formés de petits quadrilobes, de fleurettes et de palmettes. Chaque élément végétal est à son tour ajouré, produisant un effet décoratif saisissant. La calligraphie, bien proportionnée, suit probablement le modèle d'un grand maître en la matière et signe la grande qualité de l'oeuvre. La mention des quatre califes, incompatible avec le chiisme officiel des Safavides, est problématique. Bien que ces plaques soient généralement attribuées à l'Iran safavide, elles pourraient avoir été commandées pour des lieux sunnites. Ce don des Amis du Louvre effectué pour marquer l'ouverture du nouvel espace des Arts de l'Islam est visible dans la vitrine 89 A (Aile Denon, Parterre, Arts de l'Islam) 

 

Acier, décor ajouré 24
17,5 cm
Acquis en 2012

Los Disparates

Francisco DE GOYA Y LUCIENTES (1746-1828).

La Société des Amis du Louvre vient d'enrichir les collections du Musée de quatre chefs-d'oeuvre de Francisco de Goya. Il s'agit de quatre plaques de cuivre appartenant à la série des Disparates, la dernière grande série gravée par l'artiste avant son départ en exil pour la France en 1824. Par cette donation exceptionnelle, la Société des Amis du Louvre renoue avec l'esprit patrimonial qui avait présidé, sous la Deuxième République, à l'enrichissement des collections de la Chalcographie du Louvre, ère prestigieuse que marquèrent l'entrée au Musée de l'ensemble des cuivres d'Anton Van Dyck pour L'Iconographie, ainsi que l'acquisition des cuivres des Sièges de La Rochelle et de l'Isle de Ré, chefs-d'oeuvre de Jacques Callot. Il convient de souligner que c'est la première fois que la Société des Amis du Louvre acquiert des cuivres gravés pour la Chalcographie. Les quatre cuivres des Disparates de Goya, formant un ensemble exceptionnel et d'une rare qualité, seront bientôt exposés au public dans les salles de peinture espagnole du Musée du Louvre. Vraisemblablement gravée entre 1819 et 1824, la série inachevée et connue sous le titre des Disparatessoulève de nombreux problèmes d'interprétation. À commencer par le titre lui-même : disparate provient du verbe espagnol disparatar qui signifie decir o hacer algo fuera de razón y regla - « dire ou faire quelque chose en dépit de la raison ou des règles ». Ainsi, les quatre cuivres acquis par les Amis du Louvre correspondent, selon les épreuves d'état conservées au Musée Lazaro Galdiano de Madrid aux Disparatessuivants : Disparate conocido (Atrocité connue), Disparate puntual (Atrocité ponctuelle), Disparate de Bestia (Atrocité de bête), Disparate de Tontos (Atrocité d'idiot). Lors de la première édition de ces planches, réalisée en 1877 à Paris, des sous-titres en espagnol et en français furent gravés sur les cuivres, soit respectivement : « ¡Que Guerero ! (Quel guerrier !), Una Reina del Circo (Une Reine du cirque), Otras Leyes por el Pueblo (Autres lois pour le Peuple) et Lluvia de toros (Pluie de Taureaux).

Plaques de cuivre gravées de la série
H. 24 ; L. 35 cm
Acquis en 2011