Marc Fumaroli, en guise d'adieu

Marc Fumaroli, en guise d'adieu

Marc Fumaroli, en guise d'adieu

Comment célébrer l’absence ? Le son d’une voix que nous n’entendrons plus, qui maniait les mots comme s’il se fut agi d’objets d’art, fragiles et lourds de sens ? Un rire qui, au delà d’une certaine dérision des choses sans valeur, conduisait au jugement le plus précis, accompagnait le cours d’une vie qui fut brillante aux yeux de tous, sans doute plus difficile dans le secret de l’être ? Marc Fumaroli s’amusait des faiblesses du temps présent, mais conservait une immense foi en ce qui en constituait l’antithèse : la beauté des textes, les détours subtils du discours, l’immanence des oeuvres d’art lorsqu’ils les considérait dignes d’être accueillies dans le musée dont il fut durant vingt ans l’un des plus ardents soutiens à la tête de l’Association des Amis du Louvre. Plus encore que notre Président, il fut celui de la République des Lettres dont le maintien lui doit tant en cette époque de médiocrité morale et intellectuelle. En le revoyant, engagé, courageux, toujours prompt à recourir à l’usage des mots pour soutenir une cause, je me dis que ce sont ces mots, ces écrits, qui subsistent après lui ; ce sont ses livres qui nous restent comme preuve de sa vie ardente, ceux-là même qui, comme l’écrit son cher Proust après la mort de Bergotte, « toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées (…), disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes déployées et semblaient, pour celui qui n’était plus, le symbole de sa résurrection ».

 

Louis-Antoine Prat
Président de la Société des Amis du Louvre

 

 

 

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« À propos de trois œuvres offertes par Marc Fumaroli »

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