Dernieres acquisitions

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
Le Comte Mathieu-Louis Molé
Huile sur toile. H. 1,47 ; L. 1,14.
Inv. R.F. 2009-15.

Le 10 décembre 2009, le Portrait du Comte Molé par Ingres , acquis grâce au soutien des Amis du Louvre, fait son entrée officielle dans la collection du département des Peintures.

« Il était hors de question pour le conseil d'administration des Amis du Louvre de ne pas contribuer à l'achat du portrait du Comte Molé par le plus grand portraitiste français, a déclaré Marc Fumaroli, Président de la Société des Amis du Louvre. Le vote a été acquis à la quasi unanimité. Pourquoi? La suprême autorité en matière de goût, le poète Charles Baudelaire, n'était pas un admirateur inconditionnel d'Ingres et de son école férue d'antiquité. Mais son goût difficile s'est incliné devant Ingres portraitiste, et portraitiste moderne, sachant élever à la poésie du deuil le noir moderne de la redingote masculine et laisser entrevoir, sous la gravité officielle de l'homme d'autorité, le "mal du siècle", doute et mélancolie, qui hante au fond du masque impassible le civilisé moderne. Le portrait par Ingres du premier ministre de Louis-Philippe, qui avait été sous le Consulat un ami intime de Chateaubriand, avant de devenir son ennemi politique et son rival victorieux auprès de la belle Cordélia de Castellane, atteste aujourd'hui, encore mieux qu'au XIXe siècle, la saisissante justesse du diagnostic du poète. »

 

Claude Michel, dit Clodion (Nancy 1738-Paris 1814)
Briséis quittant Achille.

Vers 1775. Terre cuite.
H. 0,450 ;L. 0,353 ; P. 0,215.

La Société des Amis du Louvre vient d'offrir au département des Sculptures un chef-d'oeuvre de Claude Michel, dit Clodion (Nancy 1738-Paris 1814), Briséis quittant Achille. La terre cuite, alors en mains privées, fit partie de l'exposition Clodion organisée au musée du Louvre en 1992, et fut étudiée dans le catalogue. Complètement inconnue, elle fut, par sa grande qualité, une des révélations de cette manifestation. L'identification du sujet, donnée sous réserves en 1992, n'a pas été remise en cause. Il s'agit très probablement de Briséis quittant Achille, un sujet célèbre tiré du premier chant de l'Iliade d'Homère.

Son entrée dans les collections du Louvre est un superbe événement.
Par comparaisons stylistiques avec d'autres oeuvres en terre cuite de Clodion, comme L'Offrande à Priape du musée J. Paul Getty de Los Angeles, on peut dater le groupe des années 1775. Cette date est contemporaine d'un décor peint d'Étienne Lavallée-Poussin pour Grimod de la Reynière consacré précisément à l'histoire d'Achille Le Louvre conserve une collection bien représentative de l'art de Clodion. Grâce à un don de la Société des Amis du Louvre - le décor de la cour de l'hôtel de Bourbon-Condé, qui orne la cour Puget du musée - et à une dation - le décor de la salle de bains de l'hôtel de Besenval -, le musée expose de grands bas-reliefs monumentaux qui illustrent au mieux l'époque Louis XVI. La statue de Montesquieu en marbre est l'un des « Grands hommes de la France » commandés par le comte d'Angiviller pour la Grande Galerie du palais. Briséis quittant Achille est présenté au grand public avec l'ensemble des terres cuites du sculpteur, dans la salle « Clodion » (Aile Richelieu, Cour Puget, rez-de-chaussée, salle 30).

 

Jan de Beerf (actif à Anvers entre 1495 et 1528)
Héraclius décapitant Chosroès

Bois (chêne) - H.24 cm ; L. 42.5 cm - Inv. RF 2009-6

C'est un petit panneau peint à Anvers vers 1515 que la Société des Amis du Louvre vient d'offrir au Département des Peintures. Il permet très heureusement d'illustrer désormais un pan de la peinture anversoise du premier quart du XVIème siècle, appelé maniérisme gothique, qui n'était jusque-là représenté dans la collection du Louvre que par un panneau anonyme représentant le Martyre de saint Jean dont il n'est pas sûr qu'il ne soit pas plutôt l'oeuvre d'un peintre de Leyde. Ce petit panneau de 24 cm sur 42 représente un sujet rare, Héraclius décapitant Chosroès, et a été peint par Jan de Beer, qui est le plus célèbre des peintres de ce courant, le seul qui ait été cité dès 1567 par Guichardin aux côtés des grands novateurs tels que Quentin Metsys, Joos van Cleve et Joachim Patinir qui travaillaient à Anvers dans les mêmes années et dont il ne se distingue en réalité pas si radicalement que n'invite à le penser le caractère le plus évident de son art, mélange très subtil de grâce flamboyante, de théâtralité et d'effusion poétique. Le sujet est en fait une scène de l'histoire de la Vraie croix telle que la rapportait au Moyen Âge la Légende Dorée de Jacques de Voragine : les Perses ayant envahi Jérusalem et dérobé la Croix et leur roi Chosroès ayant poussé l'injure jusqu'à se prendre pour le Père en trônant entre la Croix (au lieu du Fils) et un coq (au lieu du Saint Esprit), l'empereur byzantin Héraclius entreprit une véritable croisade dont le point culminant fut le combat qui, sur un pont, le fit vainqueur du fils de Chosroès et dont l'issue fut la conversion du peuple perse à la foi chrétienne, à l'exception de Chosroès qu'Héraclius décapita sans merci. Toute la fantaisie narrative,tout le brio d'exécution du maniérisme anversois à son meilleur se retrouvent ici. Ce style de Jan de Beer, tout anversois qu'il est, a aussi compté pour quelques artistes de souche flamande qui ont oeuvré dans la France du début du règne de François Ier, tels que Godefroy le Batave et Noël Bellemare.

 

Boîte à portrait de Louis XIV
Jean I Petiot (1607-1691)
Vers 1680 . H : 7,2 cm ; L 4.6 cm

Ce joyau historique à la gloire de Louis XIV a été acquis par la Société des Amis du Louvre lors de la dispersion de la prestigieuse collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, à la troisième vacation du 24 février 2009. Le bijou a heureusement conservé sa riche garniture : sur la face quatre-vingt douze diamants brillent autour du buste émaillé du roi, sommé de la couronne fleurdelisée ; au revers, tout en émail, le chiffre royal au double L entrelacé est environné de rinceaux.

Dans la première moitié du XVIIe siècle, ces boîtes abritant des portraits en miniature, de forme ronde, ovale ou carrée, sont d'abord des objets de sentiment. À partir des années 1660, Louis XIV fait de ces objets précieux des instruments du pouvoir royal, distribués par centaines comme marques de distinction honorifique aux dignitaires étrangers, aux hommes de guerre et aux fidèles serviteurs de la monarchie. Pendant une vingtaine d'années, deux orfèvres-bijoutiers logés aux galeries du Louvre, Laurent Le Tessier de Montarsy (?-1684), et son fils Pierre (1647-1710), en sont les principaux fournisseurs. Les médaillons du souverain sont majoritairement l'oeuvre du miniaturiste Jean I Petitot (1607-1691), qui a été attaché à la Cour des Stuarts, avant de venir mettre son talent inégalé d'émailleur au service de Louis XIV.

La richesse de leur garniture en or et pierreries a causé la perte de la plupart de ces boîtes trop coûteuses. En dehors de celle-ci, seules deux autres sont connues : l'une conservée à Bologne, remise au poète Malvasia en 1681, qui a gardé tous ses diamants, tandis que l'autre destinée au Grand Pensionnaire Hensius en 1683 n'est plus qu'une carcasse émaillée, sans ses pierres (musée de La Haye). La boîte provenant de la collection de Pierre Bergé est sans doute la plus ancienne qui nous soit parvenue : l'âge apparent du roi incite à proposer une date proche de 1670.

Luca Cambiaso (Gênes, 1527 - Escorial, 1585)
Vénus et Adonis
Huile sur toile. H. 1,88 ; L. 1,05 m.
R.F. 2008-49

La Société des Amis du Louvre a offert en 2008 au musée Vénus et Adonis un des chefs-d'ouvre de Luca Cambiaso, le principal maître de l'école génoise du XVIe siècle.

Le tableau est exposé jusqu'au mois d'octobre 2009 dans la salle 17 des Peintures flamandes (aile Richelieu, 2e étage) en pendant de Hercule et Omphale peint par Rubens à Gênes vers 1606 pour Giovanni Vincenzo Imperiale qui possédait en outre une version de notre tableau de Cambiaso.

Longtemps cantonnée à ses dessins cubiques et aux nocturnes de la fin de sa vie, la carrière de Luca Cambiaso a été redécouverte lors de la récente exposition monographique consacrée à l'artiste à Austin (Texas) et à Gênes en 2007. À cette occasion, le tableau de Vénus et Adonis fut choisi pour la couverture du catalogue, comme l'ouvre emblématique d'un artiste parvenu à l'apogée de son art.

L'influence vénitienne s'y ressent dans le traitement très sensuel du thème amoureux mais aussi dans la composition monumentale à la structure pyramidale qui rappelle l'équilibre d'un Titien (Vénus et Adonis, v.1553-1554, musée du Prado, Madrid) ou d'un Véronèse (Vénus et Adonis, v.1561-1563, collection particulière), sans oublier Corrège.

Ce don de la Société des Amis du Louvre comble une lacune importante dans le parcours génois des salles du Louvre car le musée ne possédait que des dessins de Cambiaso. Des Quatre Docteurs de l'Eglise de Pier Francesco Sacchi (1516) aux oeuvres du XVIIe siècle de Domenico Fiasella, de Giovanni Benedetto Castiglione et de Valerio Castello, sans oublier les oeuvres génoises de Rubens et de Van Dyck, il manquait ce brillant trait d'union qui permet de comprendre le passage de la Renaissance à l'âge baroque.

Le Grand noeud de diamants de l'Impératrice Eugénie
Ancienne collection des Diamants de la Couronne
Paris, 1855
François Kramer, maître-joailler
H. 22,5 cm ; L. 11 cm

En 2008, la Société des Amis du Louvre a pu faire revenir des Etats-Unis un joyau provenant de la Couronne de France : un somptueux noud de diamants réalisé par le joaillier François Kramer pour l'impératrice Eugénie en 1855.

Le dessin du noeud, assorti de deux glands de passementerie, s'inspire librement de modes de la fin du XVIIIe siècle. Le ruban de dentelle élégamment noué paraît d'une étonnante souplesse ; les franges des glands, entièrement flexibles, sont rendues avec un souci de réalisme extrême. Le sertissage, réunissant non moins de 2634 diamants dont 2438 brillants pesant 140 carats, est en effet d'une rare complexité : entièrement ajouré, articulé, et traité en relief, il est destiné à faire scintiller les pierres au moindre mouvement.

Ce bijou a pu être acquis et offert aux collections du Louvre grâce aux legs de M. et Mme Rouffet consentis par testament aux Amis du Louvre.

 

Le Christ des Rameaux
Allemagne du Sud, Souabe, vers 1520-1525
Bois (tilleul et épicéa), restes de polychromie
H. 1,35 m ; L. 1,20 m ; Pr. 0,41 m
Ancienne collection Louis-Pierre Bresset, Marseille, puis château de La Rochelambert (Haute-Loire)
Inv. RF 2008.1

Une des images les plus singulières de la sculpture allemande du Moyen Âge est offerte au musée grâce à la générosité et à la sagacité de la Société des Amis du Louvre, une statue du Christ des Rameaux, en bois polychromé, presque grandeur nature. Le Christ, monté sur un âne, est représenté lors de son entrée triomphale dans la ville de Jérusalem, telle que la relatent les Évangiles. Vêtu de pourpre en signe de souveraineté, il bénit de la main droite et de la gauche tient la bride de l’âne. Son maintien altier et son visage sévère, à l’image de la majesté divine, contrastent délibérément avec la simplicité rustique de son humble monture.

Cette sculpture a été utilisée pour la procession du dimanche des Rameaux. Dans les villes allemandes au Moyen Âge, une effigie sculptée du Christ sur son âne muni de roulettes (en allemand Palmesel, « âne des Rameaux ») était tirée dans les rues et à son passage des rameaux étaient jetés à terre. Dans cette évocation théâtrale de l’épisode évangélique, la sculpture tenait donc le rôle du Christ, et les fidèles celui de la foule répandant des palmes et l’acclamant à Jérusalem.

L’oeuvre est exposée dans la salle C des sculptures de l’Europe du Nord au rez-de-chaussée de l’aile DENON.

 

John Russell (1745-1806)
Portrait du graveur Francesco Bartolozzi
R.A.
H. 59,8 cm ; L. 44,5 cm
Inv. RF 54690
Pastel

Bartolozzi, a été acquis au Salon du dessin de 2008 et offert au Musée la même année.

Né à Florence en 1727 et mort à Lisbonne en 1815 comme directeur de l’Académie des Beaux-Arts, Bartolozzi est l’un des meilleurs graveurs de son temps. Après avoir mis au point un procédé nouveau, la gravure au pointillé en couleur, il se consacre à l’art de la reproduction.

Dès 1768, il est l’un des fondateurs de la Royal Academy. Gravées avec l’aide de nombreux élèves et publiées par l’éditeur John Boydell (1719-1804), les reproductions dues à Bartolozzi sont répandues immédiatement dans toute l’Europe. Elles font connaître, non seulement les dessins de Windsor mais aussi l’oeuvre de peintres anglais, tels Francis Cotes qui développe alors l’art du portrait au pastel, mais aussi Gainsborough, Reynolds … et des artistes venus travailler à Londres. À son exécution, sa facture libre souple moelleuse et savante, John Russel joint à son art une exceptionnelle intelligence de la personnalité de son modèle : au moment où Bartolozzi triomphe en Angleterre (1789), Russell le révèle toujours insatisfait de lui-même.

Ce portrait d’artiste par un de ses contemporains vient compléter les trois oeuvres de Russell déjà conservées par notre Musée, et tout particulièrement La petite fille aux cerises célèbre pastel légué par l’anglais Alfred H.Vickery mort en France en 1868.