• Pandore
    Pandore

"Le tableau a été acquis en vente publique en janvier dernier par la Société des Amis du Louvre pour être offert au musée. Il était connu par une ancienne photographie datant de son passage dans la vente de la collection du Comte Bassi à Milan en 1898, où il était attribué à Francesco Primaticcio dit le Primatice. Le tableau fut par la suite attribué à Nicolò dell'Abate. Comme l'a depuis souligné Dominique Cordellier, il s'agit en effet d'une oeuvre caractéristique de la facture libre et élégante de Nicolò dell'Abate, mais qui travaille ici certainement sur une idée et probablement un dessin de Primatice. Et c'est cette intime parenté du tableau avec les inventions de Primatice qui fait tout son intérêt et toute sa rareté.

Pandore

Auteur
Ecole de Fontainebleau
Techniques/Materiaux
Huile sur toile
Dimension
H. 92; L. 70cm
Période
vers 1550
Département de l'oeuvre
Département des Peintures
Date d'acquisition
2015

L'oeuvre frappe d'abord par le brio de sa facture empâtée et furtive, la diaphanéité des draperies, la physionomie affectée mais aussi le regard perçant et l'expression assurée de la figure féminine, et ce sont ces traits qui nous assurent de son attribution à Nicolò dell'Abate. La touche de Nicolò n'en sert pas moins une composition dont l'invention générale et même la conception chromatique sont manifestement celles de Primatice : l'austérité minérale du cadre architectural qui crée le théâtre de l'histoire, l'inscription rigoureuse de la silhouette de la figure et de ses gestes rhétoriques dans la géométrie de ce décor, la restriction de la palette, cendrée et relevée de quelques éclats de jaune pâle, de rose ou de vert mordoré, l'opulence de la morphologie féminine étranglée à la taille mais épanouie et charnue aux hanches, et jusqu'au choix, absolument inédit, du format ovale pour camper la figure, tels sont les traits caractéristiques de l'art monumental de Primatice. C'est sous le titre traditionnel de Pandore que le tableau est apparu en 1898 et la quasi-nudité de la figure plaide en faveur de cette interprétation, mais il est vrai qu'elle porte un diadème qui tend à en faire une souveraine, ce que n'est pas Pandore, figure mythologique qui n'est pas même une déesse. Jugeant que Pandore est normalement représentée dans la nature plutôt que dans un palais, et s'appuyant sur l'expression sévère de la figure et sur la nervosité de la main qu'elle porte sur le couvercle, Nello Forti Grazzini a préféré en 2012 y voir une Sophonisbe s'apprêtant à boire la coupe de poison que lui a préparée son époux Massinissa.

D'une iconographie rare, cette présumée Pandore s'apprêtant à ouvrir le vase d'où le bien et mal se répandirent sur la terre, si différente de celle de Jean Cousin, pourtant contemporaine, que la Société des Amis du Louvre avait offerte au Louvre il y a presque un siècle, rejoint donc avec bonheur la collection de référence que le musée entend consacrer à la première École de Fontainebleau."